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- Hugo Chávez sauvé par le peuple, par Maurice Lemoine (Le Monde diplomatique) :: le par
Apercu : Suffit-il à une minorité de se rebaptiser « société civile » pour pouvoir prétendre renverser un président démocratiquement élu ? Washington des délégations des futurs putschistes civils et militaires, a immédiatement salué ce quelle croyait être la mise à lécart dun dirigeant dont lindépendance lulcérait. Washington, une déclaration commune avec le gouvernement américain, appelant les putchistes à créer « un cadre démocratique stable » ! Avila, montagne à mi-pente de laquelle a été planté le studio improvisé. Castro dans un de ses programmes précédents. Hola, ma vie, je tenvoie un baiser ». Son aisance ferait pâlir de jalousie nimporte quelle vedette du petit écran. Il na pourtant rien dun professionnel. Fidel, si on ne se voit pas ces jours-ci, on sappelle. Et je donne un conseil à ceux qui veulent me déstabiliser : je sais combien ils sont et combien ils pèsent après le déjeuner ! Mais il estime ces grand-messes nécessaires pour maintenir un contact direct avec les exclus, les pauvres et les forces de gauche qui constituent sa majorité. Ce type est un démagogue, un populiste, un fou furieux ! Dans le meilleur des cas, on lui accorde que, certes, ceux qui lont précédé ne valaient guère mieux. Mais il mène le pays à la ruine. De toute façon, sa place nest pas à la présidence. Un militaire ne sait faire que deux choses : obéir ou commander ! Au sein de la caste constituée par loligarchie, la finance et les classes moyennes, on hait cet intrus. Emprisonné puis libéré, le rebelle a accédé démocratiquement au pouvoir en décembre 1998. Venezuela, pacifiquement, a changé de mains. Reste quune chose est dannoncer la naissance dun nouveau pays, une autre de procéder aux changements. Valencia un laissé-pour-compte, observant que le chômage na en rien diminué. La seule chose que je sais faire, cest chaparder. Mais ici, je ne vois vraiment pas qui je pourrais voler. Caldera (du nom de la femme du président précédent ! Et même les initiatives les plus généreuses du gouvernement semblent patiner. Mais ils viennent de la fermer parce quils nont plus dargent pour payer les fournisseurs. Dans la perspective de la victoire, sont venus sy agglutiner des « chavistes » convaincus, des révolutionnaires, mais aussi, espérant prébendes et bénéfices, des membres des anciennes formations politiques, des opportunistes de tout acabit. Un jour ou lautre, pour prix de leur collaboration, ils viennent présenter la facture au président. Doù de multiples revirements, ruptures, démissions, limogeages suivis de passage à lennemi, donnant le sentiment dun pouvoir fonctionnant dans une permanente improvisation. Etat et ladministration, gangrenés par quarante années de clientélisme. Les ministres ou les quatorze gouverneurs « chavistes » ne peuvent compter, au sein de leurs institutions, pour mener les réformes, que sur quelques fonctionnaires de haut rang. Palau, secrétaire général du gouvernement local, confronté aux mêmes difficultés. Cela ne peut se faire que pas à pas. Etat, et la population non organisée qui la porté au pouvoir. Par groupes de sept à quinze personnes, ils discutent de la définition du futur, de leur vie, des besoins les plus essentiels, immédiatement répercutés auprès des autorités concernées. Etat a commencé à doter ces structures de fonds non négligeables. Regardez, il ny a ici que des personnes pacifiques sactivant pour le bénéfice de la communauté. Les hommes et les femmes de ce processus sont décidés à le défendre. Mais aussi autrement si cest nécessaire. Carmona, lance une grève générale soutenue par. Ortega, qui, le 25 octobre précédent, sest proclamé vainqueur des élections destinées à renouveler la direction syndicale, au terme dun scrutin marqué par la violence et les irrégularités. Eglise, classes moyennes -, auxquels se joignent les médias, reconvertis en parti politique, cherchent à créer artificiellement une situation dingouvernabilité. Ils nous excluent et prétendent, à eux seuls, représenter la société civile. Mais nous, nous sommes le peuple ! Et si, pour une raison ou une autre, la légalité constitutionnelle est mise en cause par la campagne de déstabilisation, nous la défendrons avec notre vie, avec notre sang ! Mais lorsque sabat la carte de la déstabilisation économique, la tension monte dun cran. Etat il y a une vingtaine dannées (25 % demeurant à lentreprise), on est passé à 70 % pour la firme (et 30 % au fisc). Parra, et une équipe de direction. Au nom de la promesse de carrière pour les meilleurs, de lefficacité dans la gestion, de la productivité et de la rentabilité, de lindépendance face à la « politisation » imposée par le gouvernement, les technocrates arguent dune « méritocracie » quils viennent dinventer pour refuser ces nominations et appeler à la rébellion. Etat actionnaire nomme les directions des entreprises nationales et leur communique ses orientations - ce que dailleurs tous les gouvernements vénézuéliens précédents ont fait. Par ailleurs, les contestataires, cadres supérieurs occupant des postes de confiance, de par la nature de leurs fonctions, ne peuvent appeler à la grève. La « société civile » prend fait et cause pour eux. Chauffée à blanc par les médias écrits, radiophoniques et télévisés, elle pousse à la paralysie du coeur économique du pays. Qui intervient effectivement, bien que partiellement (une part importante des ouvriers refusant de stopper le travail). Bush multiplie les banderilles verbales à lencontre du président « bolivarien ». Russie, son discours antimondialisation et sa révolution font chaque jour un peu plus grincer des dents. Unis craignent cependant une suspension de ses exportations sil devenait ingouvernable. On ne cherche donc pas, officiellement, à jeter de lhuile sur le feu. Institut républicain international, tous interlocuteurs particulièrement connus pour leur défense des intérêts des travailleurs ! Pourtant, rumeurs et remous en font parfois douter. Nord et, pour cette raison, nous sommes sûrs de ce pays. Quun officier se prononce publiquement signifie quil na pas lappui de larmée. Fedecámaras, ne connaît quun succès relatif à léchelon national. Lancée dans une folle fuite en avant (ou dans un plan prémédité quil nest pas question de stopper), lopposition double la mise et, au prétexte que le gouvernement pourrait décréter létat dexception (ce dont il na aucunement lintention), appelle, à partir du 11 avril, à une grève générale illimitée. Chávez de trahison et demande au haut commandement dagir. Chuao, situé dans lest de la capitale. Le crime se nouera là, au coeur dune effervescence grandissante qui en facilite le dessein. Pour accréditer lidée dune « société civile » affrontant une dictature, rien de tel que des « martyrs ». Vargas, le teint blême, fait irruption dans le bureau de ses collaborateurs. Il faut les laisser manifester, mais les arrêter avant quils narrivent ici. Cercles bolivariens vont mobiliser, et ça va se terminer en désastre. Les hommes en uniforme savent être machiavéliques. Garde nationale nordonne aucune manoeuvre denvergure pour prévenir linévitable. Miraflores et des dizaines de milliers de « chavistes », armés pour certains de bâtons et de pierres, descendus en hâte protéger de leur corps le président. Quinze gardes nationaux, pas un de plus, sinterposent pour empêcher le choc. Quelquun peut-il me prêter un téléphone portable, que je demande du renfort ? Usant de gaz lacrymogènes, ses hommes parviennent à stabiliser la situation. Cercles bolivariens, dont les membres auraient froidement tiré sur une manifestation pacifique. De mystérieux francs-tireurs postés sur les toits dimmeubles dune dizaine détages font leurs quatre premières victimes dans leurs rangs. Ensuite, ayant fait monter la température de cent degrés, ils sacharnent sur lopposition, avec une mortelle précision. La confusion devient totale, la mêlée généralisée. Garde nationale répond aux volées de pierres de la « société civile » par des essaims de grenades lacrymogènes, mais également à larme de guerre, en tir tendu. Peña tirent à peu près sur tout ce qui bouge, sans discernement (mais dautres de leurs collègues se comportent décemment). On en a repéré deux, ils étaient en uniforme. On avait le contrôle de tous les appels téléphoniques du président aux commandants dunité. On sest réunis à 10 heures du matin pour planifier lopération. Le but recherché est atteint. Garde nationale en a fait autant. Ce message passera toutes les vingt minutes, à la télévision, durant les trente-six heures suivantes. Assemblée nationale, tous les corps constitués, destitue les gouverneurs et les maires issus des urnes. Chávez ont tiré contre ces gens, et cela a rapidement conduit à une situation qui la amené à démissionner. Caracas se précipitent pour saluer le président de facto. Pendant ce temps, dans ce pays qui, depuis trois ans, na pas déploré un assassinat, une disparition, un emprisonnement politiques, la répression sabat sur des ministres, des députés, des militants ; des dizaines de locaux et dhabitations sont perquisitionnés, cent vingt « chavistes » connaissent les affres de la prison. On a eu une grande arme. Et, puisque loccasion se présente, je tiens à vous en féliciter. Au nom de la démocratie, la « société civile » vient dinstaurer une dictature. Il reviendra au peuple de restaurer la démocratie. Le 13 avril, ses partisans, par centaines de milliers, occupent les rues et les places de tout le pays. Miraflores et aide quelques ministres à réoccuper le bureau présidentiel. Constitution reprennent le contrôle de toutes les garnisons. Divisé, sans perspective claire, craignant une réaction incontrôlable de la population et des affrontements entre militaires, le haut commandement perd pied. Venezuela est rendu à son peuple. Semblant navoir tiré aucune leçon de ces événements tragiques, lopposition, quelques jours plus tard, fait déjà remonter la pression. Quils ne se fassent aucune illusion. Venezuela ne sera jamais plus comme avant. Nom péjoratif donné par le président à ses opposants (et dont ils se sont emparés, en faisant un titre de gloire), difficilement traduisible : décharnés, squelettiques, sans couleurs. Après avoir rompu les liens, mais sans jamais passer d? Orient a également joué un rôle dans cette stabilisation.
Voir Hugo Chávez sauvé par le peuple, par Maurice Lemoine (Le Monde diplomatique)
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